Entre les vignobles de Jerez, les marais du Guadalquivir et les patios fleuris de Cordoue, le sud de l’Espagne se parcourt aussi au rythme d’un trot cadencé. Terre natale d’une race admirée depuis la Renaissance, l’Andalousie offre au voyageur curieux bien davantage qu’une carte postale, une véritable plongée dans une culture équestre restée vivante.
Une race née sur les rives du Guadalquivir
Difficile d’imaginer la région sans sa silhouette la plus célèbre, encolure arquée, crinière abondante et regard d’une grande douceur. Longtemps désigné sous le nom d’andalou, le cheval espagnol porte depuis 1912 l’appellation officielle de Pure Race Espagnole, souvent abrégée en PRE.
Ses origines plongent pourtant bien plus loin dans le temps. Dès le XVe siècle, les moines chartreux de Jerez de la Frontera sélectionnent avec rigueur des animaux qui feront la renommée de la contrée. Un siècle plus tard, en 1567, Philippe II fonde à Cordoue des écuries royales destinées à fixer les caractères d’une monture digne des cours européennes. Ainsi naît un cheval de haute école, apprécié pour son équilibre naturel, sa docilité et cette élégance qui traverse les toiles de Vélasquez.
Jerez, Séville, Cordoue, un itinéraire au pas
Le périple commence naturellement à Jerez de la Frontera, où le parfum des bodegas se mêle à celui du foin. Chaque mois de mai, la Feria del Caballo transforme la ville en une immense parade d’attelages et de cavaliers en tenue traditionnelle, tandis que les femmes en robe à volants prennent place en croupe. L’édition 2026 s’est déroulée du 9 au 16 mai et la prochaine promet déjà le même faste.
Plus au nord, Séville accueille du 17 au 22 novembre 2026 un salon international entièrement consacré à la race, rendez-vous des éleveurs venus du monde entier. Cordoue, enfin, conserve l’empreinte de ses écuries royales à deux pas de la Mosquée-Cathédrale. Avant de composer son circuit, il n’est d’ailleurs pas inutile de parcourir un blog dédié à l’équitation afin de mieux saisir les spécificités de la monte espagnole, les allures attendues d’un PRE ou encore le vocabulaire propre à la doma vaquera.
Des élevages aux marais de Doñana
Au-delà des villes, la campagne andalouse dévoile ses haras disséminés entre oliveraies et champs de tournesols. Nombre d’entre eux ouvrent leurs portes le temps d’une matinée, l’occasion d’observer les poulinières et leurs poulains, dont la robe s’éclaircira peu à peu jusqu’au gris, couleur dominante chez les adultes de la race. De l’autre côté du Guadalquivir, dans la province de Huelva, les marais du parc national de Doñana abritent en outre une tradition singulière. À la fin du mois de juin, les éleveurs rassemblent les juments vivant en semi-liberté lors de la Saca de las Yeguas, une transhumance séculaire vers le village d’Almonte. Le spectacle, brut et poussiéreux, rappelle que ce cheval demeure un compagnon de travail avant d’être une figure de manège.
Quand partir et comment s’y prendre
Le printemps et l’automne restent les saisons les plus douces pour arpenter la région, l’été andalou dépassant sans peine les quarante degrés. Les randonnées à cheval, proposées de la Sierra de Grazalema aux plages de Cadix, se réservent de préférence plusieurs semaines à l’avance, notamment autour des grandes fêtes. Quant aux cavaliers confirmés, ils trouveront dans les manèges locaux l’occasion rare de monter un PRE dressé selon les codes de la tradition ibérique. Reste alors à se laisser porter, entre deux tapas, par la conversation des aficionados qui, ici, parlent de chevaux comme d’autres parlent de vin.








